Image de diaporamaImage de diaporamaImage de diaporamaImage de diaporamaImage de diaporama
Mardi, 05 avril 2011

Synthèse de l'Université "Quel avenir commun pour l’Afrique et l’Europe au XXIe siècle ?"

Évaluer cet article
(1 Évaluation)

Sommaire

 

2. Regarder l'histoire en face.

Affirmer que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » est non seulement moralement insoutenable, mais c'est absurde : c’est en Afrique même que naît l’histoire. Contrairement à ce que prétend Nicolas Sarkozy, c’est par l’Afrique et en Afrique que l’humanité est entrée dans l’histoire : non seulement l'Afrique est-elle le berceau de l'humanité, elle est aussi, comme l'a rappelé Catherine Coquery-Vidrovitch au début de son intervention, le berceau de l'histoire. Insistant sur l'exemple de l’Égypte ancienne, elle a montré de quelle manière celle-ci regorgeait, dès la première moitié du second millénaire avant notre ère, de prouesses techniques, de réalisations architecturales et de productions littéraires et artistiques que l’Europe ne parviendrait à égaler que bien des siècles plus tard. Sa langue, faite de hiéroglyphes, constitue sans doute le système linguistique le plus avancé de son temps.

Parler de retard historique de l’Afrique, c’est opérer une réduction a minima de l’histoire africaine, qui débuterait avec la colonisation européenne et  l’imposition des langues latines. A minima, car une telle vision, en scindant « l’histoire » de l’Afrique en trois périodes – pré-coloniale, coloniale et post-coloniale – met sur un même plan plusieurs millénaires, un siècle et demi (deux siècles au maximum pour l’époque coloniale) et, disons, un demi-siècle pour la période des indépendances : ce n’est tout simplement pas comparable. Considérer que l’histoire de l’Afrique n’est pas vieille de plus de deux siècles, c’est opérer un travestissement de l’histoire réelle de l’Afrique. Car non seulement l’Afrique est d’emblée entrée dans l’histoire, et même en un sens avant l’Europe, mais qui plus est, ce sont les Européens qui ont trop souvent voulu l’en tenir à l’écart, encourageant la régression et l’abaissement du continent africain. Ainsi la longue période de la traite des esclaves. Certes, l’esclavagisme n’a pas été l’apanage des marchands européens sur les côtes africaines ; les sociétés traditionnelles africaines elles-mêmes connaissaient l’esclavage, comme la plupart des sociétés du monde. Mais la traite des esclaves africains à laquelle se sont livrées les puissances occidentales entre le XVe et le XIXe siècles a quelque chose de différent et de tristement singulier en ce qu’elle fut un système complet, totalitaire, mondialement organisé de marchandisation de la force humaine. Les Occidentaux, qui s'étaient interdit la traite entre eux, et même envers les populations autochtones d’Amérique, pour lesquelles ils avaient pourtant montré d’abord une hostilité rare, ne considéraient pas les Africains comme autre chose que de simples marchandises, exportables à souhait.

La colonisation a également relevé d'un abaissement systématique et d'une chosification de l'humain. Sans doute faut-il faire des distinctions : jusque dans les années 1870, les Européens sont engagés dans une lutte de domination extensive, et les Africains ne subissent pas encore uniformément et intensivement la colonisation. Entre 1880 et 1914, voire parfois jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la colonisation se fait toutefois totalitaire. En bref, les occupants blancs disposent de tous les pouvoirs, tandis que les dominés noirs n’en ont aucun. Il existe des nuances, bien sûr, mais dans l’ensemble, tous les systèmes de colonisation reproduisent ce schéma. Et le moindre des paradoxes n’est pas que ces dictatures coloniales aient été mises en pratique par des États-nations qui se proclamaient, sur le sol européen, démocratiques (Grande-Bretagne, France, Belgique, Pays-Bas, etc.). Après 1930, et plus encore après la Seconde Guerre mondiale, la donne commence à changer, et les peuples africains arrachent peu à peu leurs indépendances – que l’Europe est loin de leur donner, contrairement aux idées volontiers répandues…  Retraçant ainsi l'histoire de l'Afrique et de ses relations avec l'Europe, Catherine Coquery-Vidrovitch a pu permettre de comprendre de ce pourquoi ce passé ne pouvait pas passer sans un travail profond pour le connaître et le faire connaître. Or, aujourd’hui, les habitants du nord et du sud de la Méditerranée ne se connaissent pas ; pire, ils s’ignorent, au sens actif du terme, quand ils ne se haïssent pas franchement. Il y a là un mouvement d’éloignement, principalement né de la montée du racisme et de l’extrémisme qu’il ne faut pas négliger ou ignorer, car c’est à la seule condition d’inverser cette tendance que l’Europe et l’Afrique pourront enfin regarder sainement leur avenir commun.

 


Lu 28899 fois

SEGOLENE ROYAL sur Linkedin

Ségolène Royal est sur Linkedin

Vous pouvez dialoguer avec Ségolène Royal sur Linkedin

Remonter